|

En juillet 1981 paraissait dans le numéro 320 de la revue Fiction la première partie d'un court roman de Pierre Pelot intitulé Konnar le Barbant. Comme son titre l'indiquait, il s'agissait d'un pastiche débridé de l'heroic-fantasy qui connaissait un succès grandissant à l'époque. La mode du pastiche qui avait connu son essor outre-Atlantique en 1941 avec Sprague de Camp et Fletcher Pratt (The Incomplete Enchanter) avait donc mis 40 ans à nous parvenir !
Le Grand Konnar est un vieux héros qui s'ennuie. Il s'ennuie, parce qu'au pays des héros, il ne se passe plus grand'chose d'excitant (on retrouve le thème de la nostalgie cher à Howard et revisité par Pratchett...). Pour rompre la monotonie de sa vie de héros retraité, Konnar décide d'organiser un concours pour recruter des petits nouveaux à l'extérieur du pays des héros. Par un hasard surprenant, c'est Gilbert Lafolette qui va remporter ce concours. Pourquoi est-ce surprenant ? Parce que Gilbert est un ringard avec les oreilles en chou-fleur et la carrure d'une allumette... Il suffira d'une bonne dose de gag pour que Pelot en fasse Konnar le Barbant, nouveau fils adoptif du Grand Konnar.
Vilain petit canard (Fiction n'avait pas l'habitude de publier ce genre d'humour...), ce roman ne rencontra pas réellement son public, pas plus qu'il ne le fit en 1990 quand il fut réédité au Fleuve Noir, dont le lectorat n'était pas encore prêt... Pourant Konnar suscita l'intérêt d'un certain nombre : « Pour la première fois au niveau des lecteurs de cette collection, je recevais des lettres ! Je me mettais à croire que je devenais un auteur important : Les gens me disaient ‘Continuez, c’est très rigolo, on se marre !’. Quand cette série s’est arrêtée, j’ai eu envie de la voir vivre d’une autre manière, et on avait eu l’idée et l’intention avec un copain de l’adapter pour la radio, dans le style de Signé Furax : ultra déconnant. On avait proposé l’affaire à des comédiens dont Claude Piéplu, Alex Métayer, Christian Roth, Bernadette Laffont, et en moins de huit jours, tous ces gens-là ont accepté. En revanche aucune radio n’a été partante pour cette aventure. On avait même eu le culot de proposer ça à France Culture et on s’est fait quasiment insulter (hé, hé !). il y avait aussi de vagues projets d’adaptation pour le cinéma et la télévision qui ne sont pas tombés définitivement à l’eau… »
Roman atypique, devenu culte pour certains, Konnar le Barbant a connu une histoire plutôt étonnante. « Je crois que tout est venu d’une envie de déconner. Je trimballais une image d’auteur un peu dur, un peu sérieux, très grave… J’ai eu envie de dire que ça m’arrivais aussi de m’amuser en traitant la SF par la dérision. Parce que finalement… tout cela n’est pas très sérieux ! J’avais traité ça sous une première forme dans Fiction, et Dorémieux – qui dirigeait la revue à l’époque – avait trouvé l’ensemble marrant. Quelques années se sont écoulées et j’ai eu envie d’y revenir. J’ai réécrit plus ou moins la première mouture, et je l’ai envoyée au Fleuve Noir. Je crois que cela m’amusait de me présenter chez un éditeur avec une histoire loufoque. Et puis j’ai eu envie d’en écrire une autre, et puis une autre, et de faire une sorte de cycle, jusqu’au jour où on m’a dit que c’était plus la peine, qu’on en avait marre des séries, que l’humour c’était pas bien, et qu’il fallait pas rigoler, surtout pas avec ça… ». Incroyable, mais il est vrai qu’en France, certains aiment à penser que la science-fiction doit être une littérature sérieuse, une littérature qui soit de crise, certes, mais pas de crise de rire ! « L’humour, on ne peut pas dire que cela soit ce que l’on trouve le plus fréquemment sur les rayons de SF, j’aurais pu faire ça dans n’importe quel autre domaine… Parce qu’il ne faut pas s’y tromper : l’humour c’est très sérieux ! On peut dire énormément de choses à travers l’humour, à commencer par dire l’envie de rire ! ».
L’envie de rire, si vous la partagez aussi, vous n’avez plus qu’à courir chez les bouquinistes pour trouver les cinq Fleuve Noir non réédités, ou attendre que Konnar revienne chez Bragelonne, pour donner le Retour du Grand Konnar !
|
|

|
|